Auprès de mon arbre

Du 3 octobre 2015 au 3 janvier 2016

Marie Granger, Annick Morize, Bénédicte Serre, Nancy Leloup…

Une galerie de « portraits arboricoles », qui se décline sur une centaine d’œuvres, transforme, pour quelques semaines seulement, les combles du Château de Bouthéon en une surprenante forêt aux accents poétiques.

Roi du règne végétal, l’arbre possède un pouvoir hautement symbolique utilisé depuis la nuit des temps par les troubadours, poètes et conteurs de la quasi-totalité des cultures et des religions, pour représenter l’homme, l’univers, la vie mais aussi des qualités telles que la sagesse, la force, la protection, la beauté, la bonté… Racines, tronc, branches, hauteur, cycle des saisons… Tout est alors prétexte à métaphore.

Les trois peintres (Marie Granger, Annick Morize et Bénédicte Serre) et les dix-huit sculpteurs (dont Nancy Leloup) invités cet automne par le Château de Bouthéon ont eux aussi été séduit par ce motif, fabuleux vecteur de lumière et de couleurs. Chacun a adapté le sujet à son propre style, l’imaginant tour à tour naïf ou fauve, empreint de douceur ou provocant, groupé en timide bosquet ou solitaire silhouette découpée sur fond de ciel mordoré.

Comme toujours, l’exposition entre en résonance avec un thème cher au Domaine du Château de Bouthéon qui propose aussi, au fil de son sentier botanique, la découverte de nombreuses essences arboricoles.

 

 

 


 

Marie GRANGER

C’est en 2002, dans l’Ain où elle réside, que Marie Granger entreprend une formation de quatre années à l’atelier Paret. Ce qui n’était qu’un loisir devient très vite une véritable passion.

Marie Granger ne s’oriente pas vers la facilité en choisissant ses premiers sujets. Elle décide en effet de mettre l’humain au centre de sa recherche plastique à travers des nus et des portraits.

L’art est pour elle : « un médiateur, un moyen de faire tomber les tabous, une constante recherche de la beauté et le nu une source de création où l’émotion domine. »

Pour les nus, elle parle volontiers « d’exploration de l’être », une certaine façon, peut-être de rechercher l’âme au travers de la posture des corps de ces hommes et ces femmes souvent sans visages.

Selon ses propres mots : « la représentation de l’être humain est un dévoilement de soi et des autres. Habillé ou nu, le corps est livré sur des fonds uniformes, invitant l’œil à se concentrer sur les regards ou sur les lignes de force qui résument l’individu, le rendant présent, puissant. L’histoire secrète de notre corps, réceptacle de toutes les émotions. »



Quant aux portraits, c’est vers les enfants, venus de tous les horizons, que semble aller sa préférence, leurs joues rebondies se parent peu à peu de couleurs extraordinaires car un style, très vite, est apparu. La couleur va peu à peu dominer le trait. Comment ne pas voir là une référence aux fauves avec leurs larges aplats de couleurs violentes, pures et vives ? Séparée de sa référence directe à celle de la peau humaine, la couleur dessine les traits et crée les expressions.

 

 

« Exalter toutes les couleurs ensemble, sans en sacrifier aucune. »

Henri Matisse


Ce n’est que très récemment que le thème de l’arbre s’est imposé dans l’œuvre de Marie Granger. Cette nouvelle étape va lui permettre, contrairement aux portraits, souvent réalisés d’après nature ou photos, de laisser libre cours à son imaginaire.

Au fil des réalisations, ses arbres se font plus tourmentés et la monochromie s’impose sur ces troncs noueux qui viennent à leur tour évoquer les tourments de l’âme.

 

Marie GRANGER
grangermarie-online.com

 

 


 

Annick MORIZE

D’aussi longtemps qu’elle se souvienne, Annick Morize a toujours peint. Dans les années 80, elle suit des cours d’Histoire de l’Art et d’Art Plastique à l’Université Saint-Charles, Paris 1.


A partir des années 2010, elle se professionnalise en s’inscrivant à la Maison des Artistes. Son travail est alors présenté dans plusieurs galeries d’art. Parallèlement, elle participe aux salons de peintres lyonnais depuis 2008. Elle vit aujourd’hui à Tassin la Demi-Lune, où se trouve aussi son atelier.

Après une série sur les intérieurs, elle oriente depuis 5 ans, son travail vers la peinture de paysage et accorde énormément d’importance au travail de la lumière. A chaque saison elle sait trouver les couleurs et valeurs adaptées afin de créer cette atmosphère paisible qui caractérise l’ensemble de son œuvre.

D’un naturel contemplatif et rêveur, les balades en plein air sont aujourd’hui la principale source de son inspiration. Nourrie de toutes les sensations que lui apporte la nature, elle peint ensuite dans l’espace clos de l’atelier, se jouant de ses impressions sans forcément chercher à calquer la réalité. La plupart des paysages sont donc « composés » d’éléments naturels que le peintre sélectionne et agence dans son tableau, c’est cette libre composition qui suggère une atmosphère ou un sentiment particulier à chaque œuvre. Sa peinture se fait alors véhicule d’expériences subjectives. Sa technique de prédilection, la peinture à l’huile, sèche lentement et facilite ce travail de recherche :

« Ma peinture est à la fois instinctive et rapide, et pourtant chaque tableau est repris plusieurs fois, frotté, parfois gratté jusqu’à qu’il se passe quelque chose qui me satisfasse. Je me concentre sur l’importance de la lumière, la simplicité, la légèreté, la correspondance des tableaux entre eux, et le rythme de l’ensemble. »

A la question pourquoi peindre ? Elle répond : « Quand je commence une toile je plante le décor pour une histoire secrète. La peinture est comme un voyage introspectif où tous les sens sont en éveil. L’œil, le touché du pinceau sur la toile, le gratouillis de la peinture sont comme des gestes amoureux. L’odeur participe à l’ambiance, me voilà à mon affaire, je suis enfin libre dans la création. Le plaisir de créer est un processus difficile à décrire, je cherche à toucher le spectateur dans ce qu’il a de sensible, espérant faire émerger une émotion. »

Pour décrire sa vision de la peinture, elle se plait aussi à citer Soulages :

« C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. Ma peinture est un espace de questionnement où les sens qu’on lui prête peuvent se faire et défaire. Parce qu’au bout du compte, l’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est, ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Je ne demande rien au spectateur, je lui propose une peinture : il en est le libre et nécessaire interprète. »

Pierre Soulages, 2002


Annick Morize
www.annick-morize.fr

 


Nancy LELOUP

Voilà bientôt seize ans que la terre, le feu et l’eau sont les éléments de création et de communication de celle qui se définie elle-même comme « sculpteur-céramiste ». Sa passion pour les chats lui donne le sujet idéal de ses premières réalisations en terre cuite avec des formes très épurées. Des chevaux, à l’allure archaïque et aux patines mates, suivront rapidement.

Dans le mouvement libre de la matière, elle crée ses premiers personnages, qui se révèlent empreint d’exotisme. Elle organise de véritables mises en scène pour ses petits indigènes de terre engobée et enfumée, juchés sur des branches mortes.

« Le fil conducteur de mon travail est là, dans ces hommes plein de rêves et d’attente où l’émotion se devine dans les regards, les attitudes. »

Par le biais de ses voyages en Afrique et surtout en Asie, continent qui la fascine de son mystère depuis l’enfance, elle crée des sculptures elles aussi énigmatiques mais souvent emplie d’une douceur apaisante voire reposante.

« Mes galets zen, issus d’une naissance à la vie s’expriment à travers la soif d’existence que l’art sait éveiller. »

Côté technique, elle aime finaliser ses pièces dans la puissance d’une technique de cuisson développée dans le Japon du XVIe siècle.

A l’origine essentiellement liée à la fabrication de bols pour la cérémonie du thé, le raku, abréviation française du terme japonais raku-yaki, est désormais couramment utilisé en céramique. Les pièces incandescentes peuvent être enfumées, trempées dans l’eau, brûlées ou laissées à l’air libre. Elles subissent un choc thermique important. La multitude des paramètres mis en jeu permet d’obtenir des résultats variant à l’infini, ce qui confère à la pièce, entièrement réalisée manuellement, la qualité d’objet unique.

Nancy Leloup maitrise la cuisson mais tout en laissant une grande liberté au feu pour personnaliser ses sculptures par les reflets changeants mat ou brillant du cuivre et les fêlures qu’il impose à la terre. Elle aime ainsi particulièrement laisser le « bonheur du hasard » décider de la touche finale de ses œuvres.

« Ce qui est important dans ma démarche artistique, c’est le lien qui se tisse entre l’expression et le ressenti, l’échange et l’histoire qu’il crée de l’auteur à l’observateur. »

 

Nancy LELOUP
www.nancyleloup.fr

 

 


Bénédicte SERRE

Née en 1962 en Drôme provençale, elle est l’aînée de cinq enfants et découvre très tôt les joies du dessin et du bricolage. Etudiante aux Beaux-Arts de Saint-Etienne puis de Valence, elle occupera divers emplois entrecoupés de voyages. Après quelques tentatives dans le secteur de l’illustration elle obtient un premier contrat comme décoratrice en animation.

 

De 1989 à 2002, elle travaille pour les studios Folimage Valence Production ainsi qu’en sous-traitance comme décoratrice principalement mais aussi intervalliste, coloriste, traceuse et voix-off : (La prophétie des grenouilles, l’enfant au grelot, patate et jardin potager, ma petite planète chérie, le bonheur de la vie….).

Depuis 2002 elle a retrouvé sa passion première, la peinture, acrylique essentiellement, où elle s’exprime à travers un jeu d’assemblages et de collages mais aussi dans un style plus épuré à partir d’enduit, acrylique et pigments.

« Un premier obstacle à surmonter fut, face à la toile vierge, la peur du vide, du blanc, du neuf. Puis un second : comment sortir du dessin trop figé, de la ligne trop précise pour apporter plus de spontanéité et de fraîcheur par des formes plus « enfantines » ?… C’est ainsi qu’une idée surgit, pourquoi ne pas utiliser le papier comme support, le colorer, le travailler puis le déchirer.

Ainsi à la façon d’une mosaïque ou d’un puzzle, le jeu réside dans l’assemblage de pièces qui seront collées, parfois même superposées sur la toile. De ce montage se dégage une forme sur un fond lui-même travaillé à l’acrylique. Une fois achevée, la toile met en évidence non seulement la couleur mais aussi l’épaisseur, le relief et la diversité des matières. Au gré de l’inspiration du moment, apparaissent alors vaches, poules, chiens, chats, enfants, couples et paysages…

Mais rien n’est figé, l’essentiel étant que de l’image naisse l’émotion. Du plaisir de peindre au bonheur d’offrir humour, couleur, légèreté mais avant tout sincérité ; Voilà le but de ma démarche. »

Aujourd’hui elle vit et expose au village de Marols.

« La couleur me possède
Je n’ai plus besoin de la rechercher,

Elle me possède à jamais, je le sais

Voici ce que signifie ce moment heureux :
Moi et la couleur, nous ne formons qu’un.
Je suis peintre. »

Paul Klee


Bénédicte SERRE
lesartistesdemarols.e-monsite.com

 

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