Hommage à Edouard Lejeune

 
Le Professeur Edouard Lejeune nous a quittés, cet été, à la grande tristesse de tous ses amis.

Nombreux sont ceux qui se souviennent encore des brillantes conférences qu’il avait données sur les Gadagne en 1998 et 2000, à Andrézieux-Bouthéon.

Né à Ferrière-la-Grande, à côté de Maubeuge, de parents belges venus s’établir en France où son père, ingénieur, allait diriger différentes exploitations minières, notamment dans la région de Belley et de Seyssel dans l’Ain, il avait effectué ses études secondaires au lycée Berthollet d’Annecy.

Après le Bac, il s’était orienté vers la médecine. C’est à Lyon qu’il avait donc réalisé l’ensemble de ses études dans cette discipline: externat, internat, médicat… puis Chef de clinique à l’Hôpital Edouard Herriot, ensuite Chef de service en rhumatologie à l’Hôpital des Charpennes, et parallèlement chargé de la chaire de thérapeutique à la Faculté de médecine, dans cette même ville de Lyon où il s’était définitivement établi. C’est là qu’il aimait vivre.

Lors de la cérémonie des obsèques, l’un de ses anciens élèves, le Professeur Patrice Queneau, membre de l’Académie de médecine, et qui fut Doyen de la Faculté de médecine de Saint-Etienne, lui a rendu un émouvant hommage. Il a souligné son importante culture médicale et ses qualités humaines qui en ont fait un grand médecin, toujours à l’écoute de ses malades, et cherchant constamment à les rassurer et à gagner leur confiance. Cela rappellera peut-être quelques souvenirs : Roger Rivière, le grand champion cycliste stéphanois, était venu, après ses très graves blessures lors du Tour de France 1960, le consulter.

Le Pr Queneau a également souligné la qualité et la clarté de ses cours et conférences, ainsi que le souci constant de transmettre au mieux la connaissance, une philosophie qui a toujours été la sienne jusqu’à la fin de sa vie.
On peut ajouter que ses compétences étaient reconnues et appréciées par ses collègues lorsqu’ils l’avaient désigné comme président de la Société française de rhumatologie.

Il est bien évident qu’avec toutes ses responsabilités, il n’avait jamais eu vraiment le temps de visiter Lyon et d’en découvrir le patrimoine.
La retraite arrivée, qu’il se plaisait à définir comme étant la période de la vie où les dimanches ne sont plus suivis par des lundis, il se mit à visiter la ville et notamment le Vieux Lyon déjà en cours de rénovation.
Il y découvrait de vieilles maisons et de vieux immeubles dont un certain nombre remonte au 16ème siècle.
Cela lui donna envie d’en savoir plus sur les familles, notamment en provenance de Florence, ayant vécu là, et qui avaient joué un rôle important dans le royaume de France en développant par exemple le commerce de la soie et les activités bancaires. Un rôle majeur également en participant au financement des grandes explorations maritimes, mais parfois aussi des guerres.

L’une des plus importantes de ces familles était celle des Gadagne, probablement parmi les plus emblématiques, et alors très riche. Il décida donc d’en savoir plus sur ces Gadagne, à la fois apparentés aux Médicis et très souvent en rivalité avec eux, en allant lui-même sur tous les lieux où ils étaient passés: l’Italie avec Florence et la Toscane d’où ils étaient originaires et où vivent encore actuellement des descendants, Lyon bien sûr, la région d’Avignon… et aussi le Forez avec notamment Andrézieux-Bouthéon.

N’eût été l’achat de la Seigneurie de Bothéon (forme ancienne de Bouthéon) par Guillaume de Gadagne en 1561 et la possession des lieux par ses descendants pendant plus de deux siècles, Edouard Lejeune ne se serait probablement jamais arrêté dans notre ville. Seulement il avait très vite remarqué le lien entre les Gadagne et le Château de Bouthéon où les traces de leur passage sont encore tellement présentes. De là est né l’intérêt particulier qu’il a depuis porté au Château.

Edouard Lejeune (à gauche) et les descendants des Gadagne

C’est toute cette histoire locale et régionale qu’il a ensuite superbement réussi, parfois à faire redécouvrir, mais le plus souvent découvrir, au cours d’une trentaine de conférences données au fil des ans, dans la région. Les qualités de conférencier qu’il avait déjà montrées lors des cours donnés aux étudiants en médecine, ainsi que dans les congrès de rhumatologie, s’y exprimaient d’autant plus brillamment  qu’il maîtrisait son sujet à la perfection

Mais la palme revient sans aucun doute à son livre « La Saga lyonnaise des Gadagne », le fruit d’un long travail et qui depuis sa parution en 2004 fait référence en la matière.

Il a ainsi contribué à sa façon, et dans une certaine mesure, à faire connaître le Château de Bouthéon. Des descendants des Gadagne y ont déjà été reçus en trois occasions ; d’autres viendront, certains reviendront.
Edouard Lejeune lui-même est venu de nombreuses fois, comme récemment encore, en mars dernier.
Il lui était même arrivé, peu de temps après l’achat du château par la commune en 1995, et avant tous les travaux de rénovation, d’y passer, seul, de longues heures à méditer et à se transporter par la pensée dans un passé qui fut glorieux, pour essayer d’identifier et de mieux comprendre les apports architecturaux voulus par Guillaume de Gadagne.

Il aimait donc venir à Andrézieux-Bouthéon où il s’était fait de nombreux amis. Il avait beaucoup d’estime pour le maire J.C. Schalk et de l’affection pour le personnel du Château où il a toujours été chaleureusement accueilli.

Tout cela a pesé dans sa décision de donner, un geste très fort de sa part, à la ville d’Andrézieux-Bouthéon, et plus spécifiquement au Château tous ses documents, ses notes de travail, de nombreux livres… pour constituer un fonds. Un fonds qui portera son nom et aidera les chercheurs et les passionnés qui veulent, ou voudront, ajouter d’autres pages à notre histoire locale et régionale, c’est à dire tout simplement, à notre Histoire.

Henri Guignard

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